Halachah, traduit par Celia Naval

Définition: La pratique juive

Ce n’est pas chose aisée de traduire ce terme venant de la racine verbale signifiant ‘aller’ ou ‘marcher’, mais parmi les propositions avancées, on trouve ‘l’acte d’aller de l’avant’, ‘cheminer’, ‘le chemin à prendre’ et ‘la pratique communautaire ou collective’. Le mieux est peut-être de ne pas le traduire.

La pratique communautaire des juifs s’est toujours développée, s’adaptant à l’époque, pour former ce que l’on appelle halachah. La Halachah répond aux besoins de la société et parallèlement, elle formule des exigences auprès de cette même société. Aujourd’hui il y a des juifs qui considèrent que la halacha avait été signifiée par Dieu à Moïse, qui l’a passée au peuple et aux générations suivantes. Cela va jusqu’à croire que ce que les rabbins allaient par la suite transmettre à leurs étudiants, avait été donné à Moïse ! Cependant, cette interprétation littérale semble directement contredire le narratif talmudique (de Menachot 29b) dans lequel Moïse s’adresse à Dieu pour lui demander de pouvoir rencontrer le futur Rabbi Akivah. Assis au fond de la classe de Akivah, Moïse ne comprend pas un mot du cours. Cependant, son cœur est soulagé lorsqu’un étudiant demande la référence de la source de l’enseignement et Akivah répond, «  C’est une loi donnée par Dieu à Moïse au Mont Sinaï. »

 

Les juifs progressistes comprennent par là que la Loi juive se développe tout en gardant un lien important avec le passé.

 

Certains prônent que puisque la halachah est le processus central de prise de décisions pour le judaïsme, chaque mouvance du judaïsme développe sa propre halachah spécifique. Aux dires de Rachel Adler, « La Halachah est du domaine des juifs libéraux tout autant que des orthodoxes, car les histoires du judaïsme appartiennent à tous. Une halacha est une pratique partagée basée sur des histoires juives. » D’autres pensent que la halachah relève du domaine orthodoxe et que le Reform Movement (Mouvement réformé) est post-halachique.

Cette opinion repose sur le fait que la halachah était fondée sur certaines façons d’aborder la Torah, par exemple l’approcher en considérant qu’elle était infaillible et que les répétitions étaient des allusions à des lois cachées, qui exigeaient des développements. D’autres soutiennent que n’importe quel système de lois qui diminue le rôle et la voix des femmes, comme le faisait clairement la Halachah traditionnelle, ne peut être divin et doit être remplacé.

 

Si l’on veut proposer que le Reform Judaism constitue un mouvement halachique, même s’il s’agit d’une halachah largement modifiée par rapport à la halachah telle qu’elle est entendue par les juifs orthodoxes contemporains, il faut se poser la question de l’autorité de cette halachah. Cette question est soulevée car traditionnellement, la halachah couvrait les domaines de droit pénal et civil que la communauté juive confie maintenant à l’Etat. C’est aussi une réalité de la vie juive moderne, que les juifs n’habitent plus des shtetls où une pratique commune pouvait être appliquée socialement, mettant davantage en question l’autorité d’une halachah au sens traditionnel.

 

Rabbi Louis Jacobs z”l soutenait que « l’ultime autorité qui détermine les pratiques auxquelles les fidèles s’attachent, est l’expérience historique du peuple d’Israël. » Cependant, de nombreux juifs du Reform Movement soutiennent que nous devons nous conformer à la halachah suite à lacroyance que la révélation se poursuit et qu’à travers un effort partagé d’étude et de discussion, nous pouvons mettre à jour une halachah pour notre époque et l’appliquer au sein de notre propre communauté. Les rabbins du Reform Movement ne partagent pas tous le même point de vue concernant l’autorité et le développement de la halachah, et il est conseillé de s’adresser à un rabbin près de vous pour connaître son opinion.

 

Si le Reform Judaism est à considérer comme un mouvement halachique, cet halachah doit être nourrie dans son développement, des idées de tous au sein de la communauté juive, pas seulement des hommes comme par le passé. Elle doit aussi être bien renseignée, respectant le droit de l’individu à choisir tout en respectant le besoin de la communauté d’avoir des repères et des limites. Rabbi Dr.Tony Bayfield, à la tête du Reform Movement, prônait que la halachah ne devrait pas être abandonnée, mais transformée dans une époque post-halachique déclarant que le moyen d’une telle transformation est « l’autonomie responsable ». Rabbi John Rayner z”l voyait la clé pour l’évolution d’une nouvelle halachah moderne dans une démarche de l’ensemble des fidèles, qui devaient « reprendre, sincèrement et avec dévouement, la tâche juive pardessus toutes : répondre, et répondre dans le détail, à la question ‘Qu’est-ce que l’Eternel attend de vous ?’ Et ne nous décourageons pas par la prise de conscience que nous, dans notre génération, ne pouvons espérer que commencer modestement. »

 

Peut-être que l’histoire la plus parlante concernant le développement et l’autorité de la halachah, est l’histoire de l’Oven de Akhnai, dans laquelle Rabbi Eliezer s’oppose aux autres Rabbins. Il fait appel à une série de miracles pour valider son propos, mais à chaque fois les Rabbins lui rétorquent que les miracles ne peuvent nullement fournir des preuves.

Rabbi Eliezer finit par faire appel à Dieu pour soutenir sa thèse, et une voix divine affirme qu’il a raison. Les Rabbins rétorquent « Ce n’est pas au ciel, » ce qui est interprété comme disant que puisque Dieu avait donné la Torah aux humains et puisque la Torah dit que nous devons toujours suivre l’avis de la majorité (Exode 23 :2), nous ne devons pas faire attention à la voix divine si elle va à l’encontre de la majorité ! La fin de cette extraordinaire histoire est qu’à ce moment Dieu a ri de joie, disant « Mes enfants m’ont battu, mes enfants m’ont battu. » (Talmud de babylone : Bava Metzia 59b).

Cette histoire montre bien l’appel de la logique et comment s’en servir.

 

Malheureusement, bien des individus, apprenant le concept de la loi juive, la prennent pour une charge oppressive et immuable, alors qu’en vérité la

halachah devrait être une recherche libératrice et fluide, parcourant diverses avenues de logique (et certains diraient aussi d’émotion). Un commentateur du 14ème siècle écrit que « lorsqu’on fait appel à un sage pour qu’il rende un avis et qu’il arrive à trouver des raisons plaidant pour une certaine latitude sans qu’une autorité fiable la démonte, il n’est pas convenable que le sage soit excessivement pieux, cherchant trop à être sévère et justifiant d’une telle attitude. » Un autre commentateur du 16ème siècle déclare qu’afin de justifier du verset biblique ‘Ses voies sont des voies agréables,’ (Proverbes 3 :17) « il est nécessaire que les lois de notre Torah soient en accord avec ce qui est raisonnable et tient du bon sens. » Autrement dit, on respecte le mieux l’esprit de la halachah avec une approche de souplesse informée par rapport à la tradition. En fin de compte, la halachah est ce qui rend fluide le texte statique de la Bible, l’approchant de nos vies, l’application de l’ancienne parole écrite à notre monde moderne. Elle fait partie de la vie quotidienne du juif, soit en tant que base ancienne pour nos pratiques actuelles, soit en tant qu’éléments reformulés mais cependant continus de l’interprétation traditionnelle allant de la parole à l’acte.

 

Sources:

 Sinai, Law and Responsible Autonomy, Tony Bayfield, RSGB, 1993

 Progressive Judaism – A Collective Theological Essay and Discussion Paper, Tony Bayfield, MANNA Magazine, Spring 1990

 Here Comes Skotsl: Renewing Halakhah, Engendering Judaism, Rachel Adler, JPS, Philadelphia, 1998

 A Tree of Life – Diversity, Flexibility and Creativity in Jewish Law, Louis Jacobs, The Littman Library of Jewish Civilization, London, 2000

 Towards a Modern Halachah, Reform Judaism, John Rayner, RSGB, 1973

Pour lire l'article en Anglais, lire le lien suivant:

http://www.reformjudaism.org.uk/a-to-z-of-reform-judaism/contemporary-issues/halachah.html