Dieu

 

Définition:

 

L'Être Suprême.

 

Lorsque Jacob lutte avec un être Divin (Gn.32) nous ne savons pas exactement contre qui ou quoi il se bat. À l'issue de leur affrontement, son adversaire change son nom pour Israël, ce qui signifie « Celui qui a combattu Dieu ». Le simple fait qu’il nous soit impossible de comprendre pleinement la lutte de Jacob avec Dieu est peut-être révélateur de la merveilleuse et difficile relation que les Juifs ont entretenu avec Dieu à-travers les âges.

 

On a longtemps considéré que la Torah (les Cinq Livres de Moïse) était un document monothéiste, qui affirme qu'il n'y a qu'un seul Dieu, citant souvent Dt. 6:4 comme preuve : « Écoute, Ô Israël, l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un. » On lit aujourd’hui de plus en plus la Torah comme un document hénothéiste, qui accepte l'existence d'autres divinités pour d'autres peuples mais qui voit le Dieu d’Israël comme le Dieu qui a créé le monde, qui intervient dans l'histoire humaine et qui est au-dessus de tous les dieux. Bien que cette lecture puisse sembler surprenante à première vue, ce point de vue est étayé par des textes tel que celui-ci : « Qui est comparable à toi parmi les dieux (Ex. 15 :11 ; Ps. 86 :8) ».
En suivant cette lecture, Dt. 6:4 est traduit habituellement par : « Écoute, Ô Israël, l'Éternel est notre Dieu, le seul Éternel ».
Au-delà de ces questions de traduction, la Bible considère que le peuple d’Israël a une relation particulière, unique avec Dieu, qui se manifeste par une succession d’alliances revêtant un caractère obligatoire pour la durée des temps. À travers cette relation unique, Dieu nous enjoint d’accomplir des mitzvot, des commandements, que le rabbin Elizabeth Tikvah Sarah a défini comme des « engagements contraignants »[1].
En effet, nous accomplissons la volonté divine. Ces mitzvot, selon le judaïsme des débuts, nous ont été donnés au Mont Sinaï, sous forme écrite et sous forme orale. Il est clair qu'au début de l'ère rabbinique, il y a deux mille ans, la pensée juive avait adhéré au monothéisme et avait établi que les références à d'autres dieux dans la Bible, étaient des références à de faux dieux. Avec l’intégration de la pensée hellénistique dans la théologie juive, il fut déterminé que Dieu était omniscient (possédant toute connaissance), omnipotent (tout-puissant) et bienveillant.
À la suite, l’idée rabbinique de l’existence d’une vie future, qui n’était pas clairement mentionnée dans la Bible, s’est répandue dans le peuple juif. La croyance selon laquelle les justes seraient récompensés et que les méchants seraient punis dans l'au-delà, restaurait la notion d'un Dieu entièrement juste, ce qui était très important, particulièrement pour ceux qui vivaient sous l'oppression romaine, se demandant pourquoi Dieu autorisait que le peuple souffre autant.

 

Il est important de noter que le judaïsme rabbinique n'était pas dogmatique dans sa théologie, à l’exception de croyances fondamentales, comme : 'il n'y a qu'un Dieu, Dieu a créé le monde, et Dieu a une relation particulière avec Israël.
Malgré la croyance en l'omniscience de Dieu, les rabbins étaient catégoriques sur le fait que l'homme possède le libre-arbitre ; ainsi, Rabbi Akiva déclara : « Tout est prévu, pourtant le libre-arbitre prime » (Mishna: Avot 3:19). C'est à partir de cette époque que la Torah orale a commencé à être mise par écrit, ce qui a donné lieu à la compilation de la Mishna (vers 220 de notre ère), et de la Gemara (à Babylone, vers 550, et en Israël, vers 350).

Au Moyen-Âge, des philosophes importants, comme Moïse Maïmonide (1135-1204), ont développé la théologie juive dans différentes directions. Pour Maïmonide, Dieu était la cause première de toute chose, mais toutefois, au-delà de la compréhension humaine.

Dans ce qui communément désigné comme la « théologie par la négative », Maïmonide explique comment nous ne pouvons pas qualifier Dieu positivement, mais uniquement par des propositions négatives : par exemple, nous ne pouvons dire que Dieu est « bon », mais nous pouvons dire que Dieu n'est pas « mauvais». Maïmonide ne concevait tous les anthropomorphismes (mots qui qualifient  Dieu en termes humains, par exemple les pieds de Dieu (Ex. 24:10), le doigt de Dieu  (Ex. 31:18), la main de Dieu (Ex. 9:3)) de la Bible,  qu'en tant que métaphores. Une croyance qui s'est perpétuée dans l'ensemble de la communauté juive jusqu'à nos jours.

Le plus important à cet égard, est la notion selon laquelle Dieu « parle », ce qui n'est évidemment pas à prendre au sens littéral, même si certains textes rabbiniques anciens semblent le suggérer.

Maïmonide tenait pour vérité absolue, comme d'autres auteurs néo-Aristotéliciens, que Dieu a créé le monde à partir du néant, autre croyance qui continue à l'époque moderne.


Cette croyance (naturellement confortée par les connaissances modernes), n'est pas forcément le simple récit de l'histoire de la Création Biblique (ainsi que le note Rachi, la traduction la plus pertinente des versets commençant la Torah, se fait ainsi : « Lorsque Dieu commença à créer le ciel et la terre, la terre était [déjà] solitude et chaos ; des ténèbres couvraient [déjà] la surface de l'abîme » (Gen. 1:1-2).

Alors que pour beaucoup, les fondements de la théologie se trouvent dans la lecture de Maïmonide de la Torah, peu réalisent que cette conception de Dieu est celle d'un être si éloigné de nous, que Dieu est en fait incompréhensible. Plus important encore, d'après Maïmonide, Dieu n'est pas touché par nos actions, ce qui pose quelques problèmes quant à l'efficacité de la prière.

 

À l'époque contemporaine, apparaissent un certain nombre de théologies différentes, qui mettent le judaïsme rabbinique profondément à l'épreuve, mais qui sont bien souvent plus séduisantes pour un esprit moderne.


Par exemple, Spinoza (1632-1677), a suggéré une approche de Dieu quasi-panthéiste dans laquelle Dieu et l'univers sont synonymes. Ainsi, pour lui, Dieu n'a pas créé l'univers, comme l'entend Maïmonide, concevant plutôt que tout était « conditionné par la Divine Nature » Éthique, I, 29, p.68). L'abandon par Spinoza de la notion d'un Dieu personnel et sa remise en question de la rédaction divine de la Torah, est généralement compris comme les raisons expliquant son excommunication de la communauté juive. Il a été démontré depuis que cela était sans doute secondaire et que le vrai motif concernait l'incapacité de sa famille à rembourser une dette auprès de la communauté juive.

 

Martin Buber (1878-1965), n'essaie pas de décrire Dieu. Bien au contraire, il décrit des moments où nous pouvons rencontrer Dieu, car « toute vie vraie est rencontre » (I and Thou, p.11).
Pour Buber, il y a deux types de relation avec le monde extérieur : « Moi-Ca » et « Je-Tu ». La relation « Moi-Ca », est la rencontre ordinaire où nous sommes indépendants l'un de l'autre, tandis que dans la relation « Je-Tu», les deux partenaires maintiennent chacun leur identité unique, tout en acceptant l'autre entièrement et le reconnaissant. C'est uniquement dans la rencontre « Je-Tu », que nous pouvons retrouver Dieu. Buber insiste que Dieu ne peut pas être décrit ou défini, mais que l'on peut seulement le rencontrer.

     

Mordecai Kaplan (1881-1983) ne pouvait concevoir Dieu en tant qu'Être surnaturel et Le décrivait comme « la Puissance qui produit le salut ». Ici, le salut ne doit pas être entendu au sens chrétien, mais plutôt en ce que Dieu est la somme de tout ce qui donne sens à la vie ou est saint, ou que Dieu est l'ensemble de ce qui nous pousse en avant, pour être complètement humain.
Selon Kaplan, notre conception de Dieu n'a que peu d'importance, par rapport aux effets que la croyance en Dieu a sur nos vies. Le mouvement Reconstructionniste qui s'est développé à partir de ses thèses, continue à promouvoir l'action dans le monde basée sur cette compréhension du divin. D'après Kaplan, la prière n'est pas un dialogue avec Dieu, au sens d'un dialogue partagé, mais plutôt un processus au travers duquel nous devenons conscients de Dieu dans nos vies et nos besoins.         

Depuis mille ans au moins, les Juifs prient d'après un siddour, un livre de prières, et dans nos prières notre théologie trouve son expression la plus marquante. Dans sa dernière version de Forms of Prayers, le siddour du Judaïsme Réformé, Dieu est décrit en termes neutres (« Éternel » plutôt que « Seigneur »), car les noms de Dieu le caractérisant selon le genre sont perçus comme des notions humaines limitant notre compréhension (de Dieu).

La lutte des Juifs avec Dieu est réjouissante, car elle donne du sens à notre vie et nous pousse à la grandeur. Ce résumé n'a seulement effleuré que quelques thèmes majeurs de la croyance des Juifs en Dieu depuis des millénaires. Le judaïsme réformé encourage le droit de chaque Juif à la recherche spirituelle et, nous vous encourageons à contacter un rabbin, si vous souhaitez discuter de votre relation avec Dieu.

 

Pour aller plus loin, et pour trouver des références utiles, suivre le lien suivant :

http://www.reformjudaism.org.uk/a-to-z-of-reform-judaism/theology/god.html



[1] 1  En anglais, « compelling commitments ». Cf. http://www.liberaljudaism.org/written-word-

resources/recommended-reading.html