Tikkun Olam traduit par Carole Grousset

L'expression tikkun olam signifie : "la réparation du monde", et est utilisée aussi pour décrire la « justice sociale ».

Définition

Le tikkun olam peut être compris comme la façon dont le Judaïsme conçoit un monde idéal. Souvent traduit par "réparation du monde", ou justice sociale, le tikkun olam sous-tend et fonde notre compréhension du religieux et notre désir d’œuvrer pour un monde de paix - pas seulement au sens d’une guerre qui se terminerait, mais comme un monde ou régneraient la prospérité, la santé et la justice pour tous. Pour les Juifs Réformés, l'importance de travailler individuellement et collectivement vers un monde meilleur et réparé, est vitale et nous définit comme des Juifs actifs et présents au monde.

L'expression « tikkun olam » est comprise de nos jours comme signifiant" réparation du monde" ; elle est utilisée comme un synonyme d'action sociale. Il est intéressant de voir que les racines du terme ne reposent pas sur une compréhension moderne de l'activisme social mais dans une ancienne compréhension juive de ce qu'était notre objectif en tant que Juifs parachevant l'ordre du monde. Cette idée est inséparable de notre relation avec Dieu.

Le tikkun olam n'est pas mentionné dans la Torah. Sa première mention se retrouve dans la Michna (c. 200 CE) où les rabbins ont apporté quelques changements à la loi Juive mipnei tikkun ha-olam, "dans l’intérêt de l’ordre et de l’harmonie dans le monde, ou encore,  en vue de la justice sociale". En d’autres mots, cette expression était utilisée pour qualifier les efforts des rabbins pour normaliser la pratique afin qu'elle s'applique à chacun et dans toutes les situations avec justice.

Dans la prière Alénou (c.1300CE), nous prions pour que Dieu répare ou perfectionne le monde. Dans ce cas, cependant, cela signifie que Dieu sera reconnu par tout le monde comme le chef suprême.

Pour les Kabbalistes (.1200-1500CE), l'idée du monde comme un réceptacle brisé, devient importante pour comprendre comment les Juifs ont cherché à organiser et à exercer un contrôle sur leur monde. Au temps des pogroms et des accusations de meurtres rituels, l'idée kabbalistique de se retirer dans nos vies intérieures et de travailler à ne faire qu'un avec Dieu a donné à chaque Juif l'opportunité de trouver un dérivatif dans  un monde dans lequel le Juif était impuissant. Le monde brisé a eu besoin de réparation, et cela se fit par une dévotion personnelle et intérieure, l'étude de la Torah, et les actes de bonté personnelle. Tout cela était à portée de main et permettait à chaque juif de se rapprocher de son Dieu.

Ces différents sens de l’expression tikkun olam révèlent quelque chose d'important sur la tradition juive et sur ce que nous pourrions vouloir mettre en avant dans nos programmes de tikkun olam, ou action de justice sociale. Pour nous, la justice sociale fait partie intégrante de notre tradition. Il peut s’agir de projets plus sociaux, comme des actions en faveur des membres de nos communautés, ou à l’extérieur de la communauté juive, au encore des projets de nature plus spirituelle, destinés à approfondir notre relation à Dieu. Le judaïsme libéral des origines se comprenait comme un judaïsme d’essence prophétique, ce qui signifie qu’œuvrer à l’amélioration du monde est une valeur positive dans les communautés progressistes dans le monde.

Aujourd’hui, la dimension de tikkun olam, de réparation du monde, est très populaire dans les communautés juives. Il est important de considérer, lorsque nous mettons en place un projet dans nos synagogues, si nous participons bien au tikkun olam, à la réparation du monde, par des actions de justice sociale.

D'une certaine manière, la notion de  tikkun olam est bien complétée par d’autres valeurs telles que la chesed, les actes de bonté, de compassion, ou encore la tzedek, la justice. Toutes ces notions gouvernent notre relation au monde en tant que communautés libérales.

Voici quelques principes qui pourraient nous inspirer lorsque nous souhaitons mettre en place un programme de justice sociale.

  • Dans quelle mesure ce que nous entreprenons participe-t-il à l’amélioration de nos communautés et nous permet de bien distinguer ce qui est bien pour elles ?
  •  Comment arrivons-nous à amener Dieu dans le monde par notre travail et nos choix moraux ?
  • Comment nos vies intérieures sont-elles affectées et fondées par nos actions 
  • Comment participons-nous à l’amélioration du monde ?

 

Textes clés sur le Tikkun Olam

Deutéronome 16:20

Justice, vous poursuivrez la justice

  • Dans la Torah, il y a des exemples à la fois de justice procédurale et matérielle - pouvez-vous penser à certains ?

Psaumes 145:17

Adonai est juste (tsadik) de toutes les façons et bon (chedek) dans toutes ses actions.

  • Quelle est la différence entre tzadik / tzedek / chesed ?
    • Pourquoi pensez-vous que les termes tzadik et chesed sont utilisés ensemble ici et aussi souvent dans notre liturgie ?

Amos 521:24

Je déteste, je rejette vos célébrations, je ne suis pas apaisé par vos assemblées solennelles. si vous m'offrez des sacrifices expiatoires - ou vos offrandes de repas, je ne les accepterai pas, je n'ai aucun besoin de vos dons de bêtes. Epargnez-moi le son de vos hymnes et laissez-moi ne pas écouter la musique de vos luths. Mais laissez couler la justice comme l'eau, la justice comme un courant intarissable.

  • Pourquoi supposez-vous qu'Amos admoneste le peuple de cette façon ?
    • Comment accorderiez-vous la priorité entre les actes religieux et les célébrations de fêtes par rapport à des actes de bonté et de justice ? Est-il possible de faire l'un sans l'autre ?

 

Pour voir des exemples concrets de mise en œuvre d’actions dans le domaine de la justice sociale, voir le lien sur le site du Mouvement Réformé Anglais :

 

Source : http://www.reformjudaism.org.uk/a-to-z-of-reform-judaism/contemporary-issues/tikkun-olam.html