Les mots Halakhah et libéral semblent contradictoires car la Halakhah est l’ensemble de normes qui régissent la vie juive et dans l’approche du judaïsme rabbinique orthodoxe la seule expression à travers laquelle les questions sociales et religieuses doivent être définies, analysées, décidées et appliquées par le peuple d’Israël. En fait depuis le dix-huitième siècle, le terme Halakhah est devenu synonyme de “pratique orthodoxe” et le judaïsme libéral s’est opposé à ce concept affirmant qu’il ne peut y avoir de normes absolues et intangibles qui régissent toute la vie juive. Les mots Halakhah et libéral  ont-ils donc ensemble un sens?

Je vais donc essayer de définir ce que signifie  cette Halakhah libérale au sein de notre mouvement et je me propose de le faire non d’un point de vue philosophique mais d’un point de vue historique.

J’entends par évolution de la Halakhah libérale, l’activité des rabbins libéraux qui ont publié des Responsa (avis de droit) à l’intention des juifs libéraux. Dans les Responsa qui sont la quintessence de la littérature halakhique, l’autorité rabbinique formule une réponse à une question posée sur la loi, concernant le comportement juif, en consultant et en analysant les avis donnés dans les textes législatifs et les Responsa au cours des siècles. Le résultat de cette recherche qui porte le nom de Responsa définit la conduite que l’intéressé doit adopter. En s’adressant à cette personne, il s’engage à suivre son avis car il la considère comme faisant autorité et cette autorité a émis un avis qui est dans la continuité de la tradition juive. Comme le judaïsme libéral a mis en doute l’aspect normatif du système halakhique orthodoxe basé sur l’assomption de l’existence d’une Halakhah donnée une fois pour toute sur le mont Sinaï et s’exprimant dans les codes reconnus tels que le Choulhan Aroukh, et comme d’autre part le judaïsme libéral insiste sur la liberté individuelle et s’oppose à l’énoncé de normes contraignantes pour tous les individus, l’existence même d’une littérature de Responsa est surprenante. C’est justement l’existence de cette littérature qui me fait dire que néanmoins une Halakhah libérale a émergé au sein du judaïsme libéral.

Deux caractéristiques de la tradition libérale des Responsa doivent être rappelées. La première est que les Responsa ont fait partie des premières manifestations du judaïsme libéral. Comme l’a montré le Pr J. Petuchowski, des textes défendant les innovations contenues dans les premiers livres de prières ont très tôt été publiés. La seconde est que cette littérature a varié au cours du temps, au sein du mouvement libéral comme au sein du mouvement orthodoxe. Elle n’est donc pas monolithique et exprime des opinions diverses.

La littérature halakhique du judaïsme libéral peut être divisée en trois périodes. La première que j’appellerai la préhistoire des Responsa libérales se situe en 1818 avec la parution d’un recueil de Responsa écrits par différents auteurs et traite de sujets multiples. Ces textes restent fidèles aux caractéristiques de la littérature des Responsa.

La seconde époque date de 1840. On remarque l’émergence d’une nouvelle forme dans la composition des Responsa prenant plus en compte la signification et le but de son contenu.

A partir de 1913 aux Etats Unis  s’ouvre la troisième période avec les textes publiés sous l’égide du Comité des Responsa dans le recueil annuel de la Conférence Centrale des Rabbins Américains (C.C.A.R.), puis par la publication de l’ensemble de ces textes dans des ouvrages séparés.

Cette évolution montre que le discours traditionnel de la Halakhah et le judaïsme libéral ne sont pas incompatibles.