Depuis sa création, le GIL a édité plusieurs versions du livre de prières du Chabbat, la dernière était également en usage dans les communautés de Lyon, Toulouse, Grenoble et Strasbourg. Pour les offices de semaine, aucun rituel n’existait et nous utilisions des photocopies de montages faits à partir de l'ancien Siddour (livre de prières) de la synagogue de la rue Copernic. Des tentatives avaient été faites afin que toutes les communautés libérales francophones aient le même Siddour mais, pour diverses raisons, cela ne fut pas possible. Après la création de la Fédération du judaïsme libéral (FJL) par les communautés libérales de Genève, Lyon, Grenoble et Toulouse, et par deux des communautés libérales de Paris, son comité -où Nicole Bigar et Jacques Gunsbourg représentaient le GIL- confia aux rabbins Pauline Bebe et Tom Cohen, et à moi-même, le mandat d'élaborer un Siddour. Le travail en commun de plusieurs rabbins à la fois simplifia et accentua les difficultés. Il les simplifia car l’échange permettait de répondre à certaines questions, il le compliqua car les points de vue étaient parfois divergents, ce qui nous amena à présenter des variantes pour certaines prières. Le mandat qui nous était confié en mai 1996 précisait que ce Siddour serait provisoire et, après avoir été introduit dans nos communautés respectives, pourrait s’enrichir des remarques des membres de nos communautés avant d’aboutir à l’impression d’un Siddour définitif.

Le Siddour étant une expression privilégiée de la pensée juive, nous devions mettre en accord le texte des prières avec le mode de penser et les us et coutumes en vigueur au sein de nos communautés. C'est pourquoi, pendant l’été 1996, les rabbins Pauline Bebe, Tom Cohen et moi-même, nous nous sommes réunis et, prenant les exemples de Siddourim des plus orthodoxes aux plus libéraux, nous avons défini les principes qui devaient nous guider dans la rédaction du futur Siddour. En prenant en compte l’approche libérale de notre Tradition, nous avons préféré l’universalisme à l’ethnocentrisme, l’attente de l’ère messianique à celle du Messie, un langage égalitaire homme/femme et nous n’avons pas gardé mention de l’espoir du retour au culte sacrificiel.

Se posait alors la question de savoir s’il fallait garder les textes du Siddour orthodoxe en nous contentant d'éliminer ceux qui ne convenaient plus et d'adapter certaines traductions de textes que nous garderions dans leur formulation originale en hébreu. Cette solution nous semblait peu satisfaisante et surtout contraire à la raison même de la prière qui doit être une expression vraie et sincère de la pensée. C’est pourquoi, privilégiant la cohérence des textes hébreu et français, nous avons gardé la structure du Siddour sans reprendre les textes redondants et nous avons été amenés à en modifier certains en adoptant ceux déjà introduits dans les rituels de plus de mille communautés juives.

Cette option n’était ni nouvelle ni révolutionnaire. Il faut rappeler que les textes du Siddour, à l’exception des textes tirés de la Torah et de certains livres bibliques, sont postérieurs à la période biblique, qu'ils ont été écrits à diverses époques et ont subi de multiples transformations à travers les âges (voir les textes ci-dessous et le tableau de l’évolution du Siddour). C’est pourquoi on constate que les textes varient encore aujourd’hui selon que l’on suive une tradition ashkénaze ou une tradition séfarade. Alors qu’à l’époque des copistes une grande liberté existait et que certains d’entre eux modifièrent des textes ou en introduisirent de nouveaux, avec l'introduction de l’imprimerie le Siddour s’est figé au 17ème siècle. Le Siddour qui à son origine comprenait la lecture du Chema et ses bénédictions, la Amidah, le Kaddich, la lecture de la Torah pour certains jours et les Psaumes du Hallel pour les jours mi-fériés, s’étoffa de nombreux textes composés sous différentes latitudes et à différentes époques, et qui ne correspondent pas toujours à la spiritualité actuelle. C'est pourquoi nous avons fait un choix parmi les textes existants et avons parfois adopté ceux d’autres communautés libérales.

Passant de l’ère de la plume d’oie à celle du curseur virtuel, nous vivons une période nouvelle. Nouvelle sur le plan technique, car les ordinateurs allient à la souplesse du copiste, la fiabilité et la perfection de l’imprimerie, et nous disposons aujourd'hui de fichiers liturgiques complets. Nouvelle, car nous ne vivons plus dans le même environnement culturel que celui qui prévalait lorsqu'il y a vingt, dix ou même cinq siècles, les textes furent écrits; nous vivons dans une société qui affirme le droit de chacun, sans distinction de sexe, et ne rejette pas l'autre du fait de son origine, une société égalitaire, ouverte et pluraliste. Nouvelle également, car cinquante ans après la Shoah et après la renaissance de l’Etat d’Israël, nous sommes volontairement installés dans la Diaspora. Nous devions évidemment tenir compte de ces paramètres.

Les modifications proposées furent présentées dans leurs grandes lignes à nos comités respectifs et, depuis l’été 1996, introduits dans tous les textes liturgiques que nous étions amenés à préparer, comme le rituel du Chabbat de la réunion européenne à Genève de novembre 1996, celui de Pourim en mars 1997, de Yom HaShoah en mai 1997 et des offices en mémoire de deux membres de notre communauté disparus pendant l’été dernier. Ils ne semblèrent alors poser aucun problème et de nombreuses personnes firent part de leur appréciation positive. Certes, la mise en service d’une esquisse de Siddour pour le Chabbat a montré que quelques membres du GIL n’appréciaient pas de la même façon certains textes, et ces réactions ont été prises en compte dans l’élaboration du Siddour provisoire.

Lorsque vous aurez pris connaissance du Siddour Sefat Hanechamah (Le langage de l’âme), nous espérons que vous nous ferez part de vos remarques en vous adressant aux membres de la commission cultuelle et/ou à moi-même. Il est évident que la version finale de ce Siddour tiendra compte de vos appréciations, comme il est évident qu’un tel ouvrage ne peut se juger lors d’un premier contact et qu’une critique circonstanciée ne peut pas se fonder sur des réactions uniquement subjectives.

Nous songeons à ajouter des notes explicatives et la translittération en caractères latins de certains chants et prières. Nous serions heureux de connaître vos suggestions à ce sujet. Comme au temps des copistes, les modifications n’entreront dans l’acquit du Siddour qu’au terme de ce processus.

Ce Siddour qui doit être celui de notre communauté et, je l’espère, d’autres communautés, doit refléter notre vision du monde et de l’humanité, comme notre approche de Dieu, tout en restant fidèle à notre Tradition et en cohérence avec notre pensée et nos actes. J'espère que vous lui ferez bon accueil et vous remercie d'avance de votre collaboration.

Vous trouverez ci-après certains textes de référence qui ont été développés lors de la soirée d’information du 10 décembre 1997.