Principes généraux

 

   Le judaïsme n’est pas transmis génétiquement mais culturellement et au sein des familles, par l’exemple et l’influence. Le processus de transmission repose sur l’éducation, au sens le plus large, de sorte que ce qui est transmis ne relève pas du savoir, mais de croyances et de valeurs, d’attitudes et d’idéaux, et surtout d’un sens d’identité et d’engagement. La responsabilité de la transmission du judaïsme est née au Sinaï, c’est à dire de l’obligation que nos ancêtres ont assumée, lorsque, pour eux-mêmes et pour leurs descendants, ils ont affirmé leur engagement envers leur alliance avec Dieu en disant « Nous agirons et nous entendrons. » (Exode 24 :7)

 

   La responsabilité de la transmission du judaïsme est une tâche qui incombe à chaque génération de juifs. « Dieu a établi un témoignage en Jacob et a instauré une loi en Israël, et a ordonné à nos ancêtres  de l’enseigner à leurs enfants afin que la génération suivante puisse la connaître, même les enfants encore à naître et à son tour s’élever  pour la conter à ses enfants pour qu’ils mettent leur foi en Dieu et n’oublient pas ses oeuvres et respectent les commandements de Dieu. » (Psaume 78 :5 et suivants)

 

   La réalité est une chose, la loi une autre. Le degré auquel le judaïsme est réellement transmis varie infiniment. Dans les faits donc, le judaïsme est question de degré. Une loi, cependant, ne peut pas tenir compte de toutes les variations et degrés. Il en découle que la question « Qui est juif devant la loi ? » n’est pas à confondre avec la question « qui est juif dans les faits ? » Cependant, il est souhaitable que la définition légale corresponde aussi étroitement que possible à la situation véritable. La définition traditionnelle ‘halachique’ du statut juif n’est pas la seule possible.

 

   En au moins un aspect, l’ancienne définition biblique d’identité juive différait de celle ultérieure des rabbins. Aux temps modernes, il y a eu parfois conflit entre la définition rabbinique et celle, découlant du bon sens, de la Cour Suprême israélienne, quant à l’interprétation de la ‘Loi du Retour’. De même, le judaïsme libéral, qui en général suit la tradition rabbinique, a trouvé nécessaire d’adopter une approche différente dans certains respects.

 

Lorsque les deux parents sont juifs

 

   La règle générale est que si les deux parents sont juifs, l’enfant est juif. Ce principe est basé sur la supposition que, lorsque les deux parents sont juifs, ils relèveront leur responsabilité plus ou moins et que le processus culturel de la transmission du judaïsme aura lieu. Le judaïsme libéral part du même principe, mais nous reconnaissons que dans certaines circonstances, les faits le démentent. Nous insistons donc d’autant plus sur le besoin de faire comprendre aux parents juifs, leur responsabilité d’assurer à leurs enfants la meilleure éducation juive possible.

 

Cas d’un enfant de parents juifs, adopté dans son enfance par des parents non-juifs

   Bien que nous n’ayons pas de données sur un tel cas, il est clair, que si cela advenait, il n’y aurait pas de transmission du judaïsme. Liberal Judaism adopte donc la position qu’un tel enfant, s’il est élevé dans une autre religion, devrait être considéré comme non-juif et ne pourrait devenir juif qu’après conversion, bien que nous encouragerions et faciliterions une telle conversion si l’enfant, arrivé à l’âge adulte, le désirait sincèrement.

 

Autre exception possible : lorsque des parents juifs élèvent leur enfant comme non-juif.

   Bien que ce ne soit pas pratique, ni souhaitable, de rechercher chaque cas pour savoir à quel point les parents juifs ont satisfait à leur responsabilité, lorsqu’il est connu, quelque soit la raison, qu’ils l’aient totalement négligée, le rabbin à qui une personne élevée de telle manière, s’adresserait, pourrait, à sa discrétion, exiger la poursuite d’une formation en judaïsme, suivie d’une affirmation de fidélité au judaïsme avant d’accéder à la demande.

 

Une troisième exception : l’apostat

   Selon la loi rabbinique, un juif qui se convertit à une autre religion retient certains mais pas tous les privilèges du statut de juif, et si il ou elle souhaite se ré-identifier avec la communauté juive, il/elle doit se présenter à un rituel de réversion. Le judaïsme libéral adopte une position similaire. Selon le cas, il peut être demandé à la personne de suivre une rééducation dans le judaïsme et l’acte de réversion implique une renonciation formelle de l’apostasie et une déclaration de fidélité au judaïsme.

 

   La règle générale est que lorsque les deux parents sont non-juifs, l’enfant est non-juif et ne peut devenir juif qu’après conversion.

   Cette position est basée sur la supposition que dans un tel cas, aucune transmission du judaïsme n’aura lieu. Le judaïsme libéral rejoint cette position – à moins que l’enfant soit adopté dans sa petite enfance par des parents juifs ou se convertit par la suite au judaïsme.

 

Cas où les deux parents sont non-juifs

 

   Un enfant adopté dans la petite enfance par des parents juifs, est juif.

   Ici le judaïsme libéral diffère de la loi rabbinique, qui ne reconnaît pas l’adoption (en ce qui concerne le statut). Le judaïsme libéral considère que dans un tel cas, même si les deux parents sont non-juifs, pourvu que l’enfant ait moins de sept ans au moment de l’adoption, l’influence culturelle des parents adoptifs est celle qui détermine et considère donc l’enfant comme juif sans besoin de conversion. Cependant, le Conseil Rabbinique de Liberal Judaism, délivre dans de tels cas, un certificat spécial de statut juif et nous encourageons les parents adoptifs de le demander aussi rapidement que possible après l’adoption. Un non-juif qui se convertit au judaïsme est juif dans tous les aspects.

 

   Telle a été traditionnellement la position du judaïsme, qui déclare que c’est un manquement à l’éthique de rappeler à un prosélyte son passé non-juif (Mishnah, B.M. 4 :10). Il n’y a que deux instances où la loi rabbinique traite un prosélyte autrement. Un prosélyte peut épouser un mamzer et une prosélyte ne peut pas épouser un Cohen. Ni l’une ni l’autre de ces exceptions s’appliquent au judaïsme libéral. Nous acceptons comme juif dans tous les sens, sans exception, tout prosélyte qui peut justifier d’une conversion par toute autorité juive compétente, qu’elle soit progressiste, conservatrice ou orthodoxe.

 

Cas de parents mixtes

 

   Si seul un des parents est juif, le judaïsme peut être transmis ou pas. Dans le domaine de la réalité, qui se distingue de la loi, ceci ne relève pas d’une opinion mais d’un fait. Il peut advenir, et il advient, indépendamment du fait que ce soit le père ou la mère qui soit le parent juif, que l’enfant soit élevé comme juif, comme le cas contraire. Laisser le statut de l’enfant dépendre entièrement de tel ou tel parent, implique donc un degré d’arbitraire et permet un fossé entre la réalité et la loi.

 

   Aux temps bibliques, le père était le facteur déterminant. Du moins, ce qu’on glane dans la Bible, le laisse supposer. Par exemple, Rehoboam, fils du Roi Salomon, était considéré comme suffisamment juif pour monter sur le trône de Judah, même si sa mère, Naamah, était moabite (I Rois 14 :21) et il n’est indiqué nulle part qu’elle se soit convertie au judaïsme ( pour tout dire, la conversion formelle au judaïsme n’existait pas aux temps bibliques). De même, Ahaziah et Jehoram, fils de Ahab, sont devenus rois d’Israël, même si leur mère c’était Jezebel la phénicienne connue pour son paganisme (I Rois 22 :52, II Rois 3 :1).

 

   Au temps des Rabbins, la mère est devenue le facteur déterminant. On trouve la première mention de ce changement de la patrilinéarité à la matrilinéarité dans la Mishnah (Kiddushin 12 :3) et il est ‘justifié’ dans la Gemara (Kiddushin 68b) par une interprétation artificielle d’un verset biblique (Deutéronome 7 :3). La raison pour cela n’est pas claire. Cependant, pour certains besoins, par exemple la transmission du statut de cohen ou de lévi, le principe patrilinéaire a toujours été celui adopté par le judaïsme rabbinique et continue à l’être au sein du judaïsme orthodoxe aujourd’hui.

 

   Le principe matrilinéaire n’est pas satisfaisant pour trois raisons.

   Premièrement, il n’est ni raisonnable ni juste qu’un enfant d’une mère juive et d’un père non-juif soit considéré comme juif même s’il a été élevé comme non-juif et que le cas contraire, il soit considéré comme non-juif même s’il a été élevé dans le judaïsme.

   Deuxièmement, cela permet à une femme juive qui épouse un non-juif, de croire que ses enfants seront automatiquement juifs et omet de la faire comprendre qu’il faut qu’elle fasse un effort particulier pour assurer une éducation juive à ses enfants dont le père est non-juif.

   Troisièmement, cela envoie un message à un homme juif qui épouse une non-juive, que ses enfants ne seront jamais juifs à moins de se convertir au judaïsme une fois adultes (le judaïsme orthodoxe interdit généralement la conversion des mineurs) et manque donc de l’encourager à élever ses enfants comme juifs.

 

   Au vu du pourcentage élevé de mariages mixtes actuellement, ces objections sont graves. Au Royaume Uni, le pourcentage de mariages mixtes dans lesquels s’engagent des juifs, dépasse actuellement un tiers ; dans certains pays le taux est encore plus élevé. Dans de telles circonstances, il est primordial que tout le possible soit fait pour maximiser les chances que des enfants de tels mariages s’identifient avec la communauté juive. Le judaïsme libéral encourage un tel développement depuis de longues années en centrant le facteur décisif concernant la détermination du statut d’enfants de mariages mixtes autour de l’éducation et de l’identification, plutôt qu’autour du parent juif. Il en découle qu’un enfant de père juif et de mère non-juive est considéré comme juif, sans besoin de conversion, s’il est élevé comme juif, alors qu’un enfant de mère juive et de père non-juif est considéré comme non-juif s’il est élevé dans une autre religion ou s’identifie à une religion autre que le judaïsme et ne pourra devenir juif qu’après conversion.

 

   La politique du judaïsme libéral est d’accorder le même poids à la patrilinéarité qu’à la matrilinéarité pour déterminer le statut juif. En cela il est en accord avec les mouvements Reform et Reconstructionist aux Etats Unis.

 

   Pour un enfant de parents mixtes, le processus pour devenir juif se décompose en trois étapes :

a)       A la naissance, le futur statut de l’enfant n’est pas certain (safek), puisqu’il sera élever comme juif ou pas.

b)       Cependant, le judaïsme libéral fait tout en son pouvoir pour encourager les parents à élever leur enfant comme juif, de s’engager formellement sur cette voie et de faire une cérémonie de nomination à la synagogue. Une déclaration d’intention de la part des parents rend l’enfant juif par présomption (chazakah) et accorde à l’enfant d’être traité comme juif exactement comme tous les autres enfants juifs. Nous espérons que les parents accompliront leur engagement en donnant à leur enfant une bonne éducation juive, y compris Bar ou Bat Mitzvah et Kabbalat Torah (Confirmation).

c)        A ce moment-là, lorsque la jeune personne peut confirmer sa propre identification, le statut juif devient définitif (vaddai) ; sur demande, un certificat à cet effet peut être fourni par les rabbins.

 

   Tous les cas sont considérés selon les circonstances individuelles.

   Par exemple, un adulte dont un parent est juif et l’autre non-juif, qui n’est pas passé par le processus décrit ci-dessus, mais qui s’identifie avec la communauté juive depuis un certain temps, peut souhaiter formaliser son statut de juif. Une telle personne serait invitée à suivre la formation juive jugée nécessaire et puis à affirmer son identification avec la foi et le peuple juif à la synagogue. Un certificat serait fourni sur demande.

   Si le parent non-juif se convertit au judaïsme pendant les premières années de vie de l’enfant, l’enfant est désormais considéré comme juif. Dans cet objectif, nous entendons par ‘premières années’, la période allant jusqu’à l’âge où l’enfant peut recevoir une l’éducation (chinnuch), c’est-à-dire, sept ans. Puis que l’enfant aura eu dans les faits deux parents juifs d’un tel âge précoce, nous le considérons comme juif, que ce soit le père ou la mère qui était le parent juif lors de la naissance. Un certificat pourrait être fourni sur demande.

  

   Le judaïsme libéral définit comme juif toute personne qui, d’une de trois façons possibles, est devenu héritier de l’héritage juif et des responsabilités qui s’ensuivent :

a)    être né de deux parents juifs et donc être élevé comme juif

b)   être né d’un seul parent juif, père ou mère, mais avoir été élevé comme juif ou avoir affirmé son statut juif comme indiqué ci-dessus

c)    avoir été admis au sein de la communauté juive comme prosélyte. L’application détaillée de cette définition générale est déterminée de temps en temps par le corps rabbinique et toute demande doit être adressée en premier lieu au rabbin de la synagogue libérale la plus proche.

                                   

http://www.liberaljudaism.org/images/pdf/leaflets/lj_in_practice_jewish_identity.pdf            Traduit par Celia Naval