Judaïsme libéral

Un guide sur la Mort et du Deuil

 

Chacun de nous a un nom

Donné par Dieu

Et par notre père et notre mère

Chacun de nous a un nom

Donné par notre stature et notre sourire

Et les habits que nous portons.

Chacun de nous a un nom

Donné par les montagnes

Et les murs dans lesquels nous vivons…

Chacun de nous a un nom

Donné par les saisons

Et par notre aveuglement

 

Chacun de nous a un nom

Donné par la mer

Et par la façon

Dont nous mourrons

(Vers extraits de « ‘L’chol ish shem » par le poète israëlien Zelda)

 

 

« Et Abraham prit le deuil de Sarah et la pleura »

(Genèse 23 :2)

Introduction

Le judaïsme enseigne que l’humanité est créée à l’image de Dieu et que toute vie humaine est sacrée. La vie est considérée comme une bénédiction et bien que nous puissions quelquefois être blessés par la douleur ou par la défaite, le voyage de la naissance à la mort  nous appelle à vivre aussi pleinement que nous le pouvons en nous souciant de nous-mêmes et tout particulièrement des autres. En même temps, le judaïsme reconnaît le caractère éphémère de la vie humaine, les limites de notre mortalité et nous aide à faire face à la mort et à faire le deuil de ceux que nous aimons.

Toutes les sociétés ont leurs rituels de deuil, les façons dont les vivants peuvent manifester leur chagrin, marquent le nom et rappellent la mémoire de ceux qui ont vécu.  Le judaïsme a aussi développé une structure de mitsvot  - observances de traditions- qui aident ceux qui sont dans les dernières étapes de leur vie à reconnaître leur mortalité et les vivants à commencer à  faire leur deuil et à prendre en compte leur perte

Quand quelqu’un meurt, notre première réaction est souvent un choc et une torpeur et la dernière chose que nous sentons capables de faire est de prendre des décisions au sujet de l’enterrement et de la crémation, du nombre  de nuits de Shiva  à observer (la période de sept jours de deuil)  ou répondre à des questions similaires.  Beaucoup de gens aident leurs familles ou leurs proches en écrivant leurs dernières volontés dans leur testament ou dans une lettre. Occasionnellement, ces questions sont discutées pendant que le mourant est encore capable de communiquer. Mais, pour d’autres, ces décisions sont trop difficiles à prendre pendant qu’ils sont en vie et c'est aux vivants de traiter ces questions  Nous espérons que cette brochure aidera à faciliter certains de ces choix et offrir des explications et des encouragements à suivre le rituel juif comme quelque chose qui peut être pratique, aidant et être source de réconfort.

Le mourant (Go-ses)

Un individu qui va bientôt mourir est traité véritablement comme une personne vivante. La tradition juive clarifie le fait que nous ne devrions pas essayer de hâter la fin de vie d’une personne. La sainteté de la vie humaine est une valeur cardinale dans le judaïsme et les dernières semaines ou jours de la vie d’une personne devraient être rendus aussi confortables que possible, sans douleur, paisibles et sans perte sa dignité. Les meilleurs soins palliatifs  peuvent être dispensés à hôpital ou à la maison par un personnel infirmier spécialisé, par la famille peut-être aidée par des amis pour permettre à un individu de mourir de cette façon.

Cependant, tout le monde n’est pas capable de trouver le réconfort et la paix. La  souffrance physique et spirituelle est souvent présente dans les derniers jours de la vie d’un individu et il  y a ceux qui souffrent de maladies débilitantes et tragiques, qui ne souhaitent plus être une charge pour les autres  ou qui trouvent la vie simplement trop difficiles à supporter plus longtemps. De tels individus peuvent exprimer le souhait d’attenter à leurs jours. Il est encore illégal pour un médecin d’assister le mourant en Grande Bretagne mais Le personnel hospitalier et les familles peuvent être encouragés  à  soutenir un mourant en allégeant la douleur physique et spirituelle.

La prière, l'accompagnement et la proximité des autres peuvent souvent traiter l’agitation spirituelle ou les sentiments de culpabilité, de perte et de peur. Il est quelquefois réconfortant pour un mourant de réciter ou d’entendre les mots du Shema, le Viddui (la confession individuelle) ou des psaumes, une simple prière de réassurance et d’amour, une chanson favorite ou un morceau de musique. Dire les mots de la prière de confession individuelle à  la fin de la vie fait référence à ancienne tradition dans le judaïsme et reflète la vision rabbinique selon laquelle la mort est un seuil vers le monde à venir, et que nous avons besoin de nous repentir et de chercher la rédemption avant de partir. Quelques soient nos propres croyances, quelques individus trouvent dans le rituel de la confession individuelle un réconfort,  car il leur permet de reconnaître les limites des actions humaines. Profitez des ressources de votre communauté, votre rabbin ou le hazan  du  judaïsme libéral pendant cette période sensible.

Qu’est-ce qui se passe immédiatement après la mort ?

L’observance juive est basée sur le principe rabbinique de kiboud hamet (respect, ou honneur à l’égard du mort). La façon dont nous parlons en présence du mort, dont nous traitons le corps, la rapidité de l’enterrement ou de la crémation, la levée de certaines obligations religieuses pour les vivants – toutes ces choses sont considérées comme importantes dans le pratique juive parce qu’elles révèlent notre respect pour le mort qui git devant nous.

A la suite de la mort d’un proche, il est souvent plus difficile de savoir et de décider ce que nous devons faire. Voici quelques directives, mais chaque individu est différent et vous devrez être guidé par votre bon sens et vos besoins, à l’aide du rabbin et de la communauté. Le judaïsme libéral ne prescrit pas mais il commande les rituels et les observances qui peuvent aider et réconforter à certains moments de la vie d’une personne.

1)    Devriez-vous rester avec quelqu’un qui vient de mourir ? Soyez guidé par vos besoins et ceux de vos proches. Dans les communautés juives traditionnelles, un shomer (en yiddish, littéralement « garde », ou « veilleur ») est payé pour s’asseoir auprès de la personne décédée et réciter les psaumes tout au long de la nuit et jusqu’au moment de l’enterrement Les juifs libéraux sont invités à suivre cette pratique, passant quelques moments à veiller le défunt et ensuite quitter l’hôpital et rentrer à la maison pour s’occuper des questions d’ordre pratique, et obtenir un certificat médical et l’enregistrement du décès Généralement, le personnel infirmier est sensible aux besoins de la famille et vous laissera un temps seul pour rester avec le défunt. Ca aide  quelquefois de réciter psaumes ou des prières  ou seulement d’être assis tranquillement avec d’autres membres de la famille. Ceux qui viennent de perdre un proche sont souvent réconfortés par la compagnie des vivants, même s’il est difficile de trouver les mots d’une conversation

2)    Est-ce que le personnel infirmier peut toucher un patient juif après sa mort ? Dans  les communautés traditionnelles, seule la Chevra  Kaddischa (en araméen : « Société Sainte ») nommée par les communautés pour veiller aux besoins du mort, a la permission de s’occuper de la personne décédée. Cependant, le judaïsme libéral encourage le personnel médical à s’occuper du mort comme il s’en est occupé de son vivant en enlevant tout équipement médical et en le traitant comme un autre individu. Les bras de la personne décédée devraient rester de chaque côté du corps. Quelquefois, les familles appellent un rabbin pour qu’il visite le défunt et récite des prières.

3)    Que se passe –t-il si quelqu’un meurt à la maison ? Si vous souhaitez que l'entrepreneur des pompes funèbres vienne et prenne le corps immédiatement,  il faut  contacter la synagogue ou l'entrepreneur des pompes funèbres tout de suite. Il y a toujours un numéro d’urgence à appeler en dehors des heures de bureau Votre synagogue vous donnera le numéro e l’entrepreneur des pompes funèbres

4)    Que se passe-t-il si quelqu’un meurt soudainement ? C’est une expérience très éprouvante, mais l’entrepreneur des pompes funèbres vous guidera dans les démarches juridiques d’obtention d’un certificat médical et de l’enregistrement du décès […].

5)    Que se passe-t-il si quelqu’un meurt à l’étranger ? Les entrepreneurs des pompes funèbres ont l’habitude de traiter les décès qui se produisent à l’étranger. Les arrangements peuvent prendre du temps et sont parfois complexes. Contactez votre synagogue ou l'entrepreneur des pompes funèbres qui vous guidera pour les démarches à faire.

6)    Que se passe-t-il si la personne décédée n’était pas un membre de la

 Synagogue ?

Il faut dans ce cas consulter le rabbin et/ ou la communauté, car chaque communauté a un règlement spécifique concernant cette situation.

Contacter la synagogue ou le l’entrepreneur des pompes funèbres

Il est utile  d’avoir les numéros de téléphone de la synagogue et de l’entrepreneur des pompes funèbres pour s’assurer que les arrangements pour la levée du corps des personnes décédées soient effectués aussi bien que les arrangements pour les obsèques et la shiva si nécessaire.

Enterrement et crémation

La plupart des individus expriment leurs dernières volontés dans leur testament ou à leur famille. Le judaïsme libéral permet la crémation et laisse le choix d’un enterrement ou d’une crémation aux individus. Il est important d’essayer de respecter les dernières volontés du défunt. Les obsèques  sont organisées soit en passant par l’entrepreneur des pompes funèbres directement ou par l’intermédiaire de la synagogue ou de l'entreprise funéraire.  La pratique traditionnelle de faire les obsèques dès que possible après la mort assure la dignité de la personne décédée et pour les endeuillés, une courte période de aninut (la période de deuil entre la mort et les obsèques.

Le judaïsme libéral recommande que les obsèques aient lieu le plus tôt possible,  mais nous prenons en compte les besoins de la famille ou des amis qui peuvent avoir à  voyager à une certaine distance.

Rencontrer le rabbin

Que le rabbin ait connu la personne décédée ou non, il convient de toujours prévoir une rencontre avec le rabbin qui assure le service religieux. Si ce n’est pas possible de le rencontrer en personne, veuillez prendre le temps de parler au rabbin par téléphone. Si vous connaissez le nom hébraïque de la personne qui est morte, ce nom devrait être donné au rabbin pour être utilisé durant le service d’enterrement. Une réunion offre aussi la possibilité de poser toutes les questions que vous pouvez avoir sur les rituels et les offices

Les obsèques (L'vayah)

Le terme hébreu pour les obsèques  est L'vayah qui signifie « accompagnement »). Assister à des obsèques implique "l'accompagnement" du défunt dans son dernier voyage avec les personnes en deuil et les membres de la communauté dans laquelle le défunt vivait. Le judaïsme attache de l'importance à la dignité de dire adieu à ceux que nous aimons  (kiboud ha-mot). Le cercueil doit être simple, en bois sans aucune décoration. La préparation du corps est habituellement  effectuée par l'entrepreneur des pompes funèbres. La tradition juive commande la pratique de tabarah - la toilette rituelle d'un corps. Ceci peut être effectué par une entreprise funéraire ou les membres d'un Chevra Kaddisha (de l'araméen "Société Sainte" - un groupe d'individus qui servent les besoins du défunt dans sa propre communauté. Une femme est préparée par d'autres femmes et un homme par d'autres hommes. Le défunt est ensuite enveloppé dans un simple linceul blanc (tachrichin). Il est traditionnel d'être enterré dans son tallit. Bien que cela ne soit pas une tradition juive, il est possible d’offrir des fleurs pour honorer le défunt.

Les obsèques n'ont pas lieu le Shabbat ni pendant les fêtes de Roch Hachanah, Yom Kippour, Souccot, Shemini Atseret / Simhat Torah, Pessah et Chavouot). Il est permis d'enterrer ou de procéder à une crémation durant les jours intermédiaires de Souccot et Pessah. Le Judaïsme libéral diffère de la pratique orthodoxe dans son observance des fêtes d'un seul jour et de sept jours et permettraient techniquement que  l'enterrement ou la crémation aient lieu le second ou le huitième jour de certaines fêtes. Cependant, selon le principe rabbinique de promouvoir des relations harmonieuses avec les autres (mi'pnei darchei shalom), on évite en général les enterrements pendant les jours qui sont observés en tant que fêtes pour la communauté orthodoxe. La où les cimetières sont partagés avec la communauté orthodoxe, les enterrements pendant le deuxième et le huitième journée ne sont pas permis. Le Judaïsme libéral reconnaît la valeur des rituels de deuil et particulièrement la récitation du Kaddish et d'un éloge funèbre  (hesped) à chaque fois.

L'éloge funèbre (hesped) utilisé pour les enterrements et les crémations est composé de psaumes et des prières en insistant sur la vie de l'âme qui retourne à Dieu. L'éloge funèbre "hesped" est souvent prononcé par le rabbin mais occasionnellement par un membre de la famille ou un ami.

Les funérailles dans un cimetière se déroulent habituellement dans la salle de prière. La communauté se dirige vers le tombeau pour l'enterrement, puis retourne ensuite vers la salle de prière pour les prières de fin et le Kaddish. Consultez la rabbin et/ou la communauté pour les particularités locales. Une fois que le cercueil a été descendu dans le tombeau, la communauté est invitée à couvrir le cercueil avec de la terre. Les hommes ainsi que les femmes sont invités à  participer cette mitsvah. La pratique de se laver les mains à l'eau courante quand on quitte le tombeau est un symbole de retour à la vie pour la personne en deuil et cela est prévu dans certains cimetières. C'est souvent une des étapes les plus dures pour celui qui porte le deuil.

Un office de crémation a lieu dans un crématorium et suit essentiellement la même forme que l'enterrement sauf pour l’enlèvement du cercueil. Il s’agit moment de l'office  de crémation où le cercueil est ôté de la vue de la communauté pour être conduit au crématoire. Comme la première pelletée de terre sur le cercueil, il représente la finalité de la mort. Les cendres seront stockées temporairement au crématorium et doivent être ensuite enterrées ou dispersées. C'est une décision très difficile pour les personnes en deuil de savoir précisément quand enterrer les cendres d'un défunt. Pensez à discuter de cela avec le rabbin qui vous aidera à prendre une décision. Cela peut être l’occasion d’une cérémonie intime d’adieux au défunt.

A la conclusion d'un office d'enterrement, l'officiant demandera aux personnes en deuil de rester assis tout en invitant la communauté à les saluer et à leur souhaiter force et réconfort. Lors d'une crémation, il est d'usage pour la famille de montrer le chemin vers l'extérieur et la communauté défilera devant eux et leur offrira des mots de réconfort.

Kaddish de celui qui porte le deuil

Notre familiarité avec la prière connue comme Kaddish ("Sanctification") vient en grande partie de nos offices quotidiens, du chabbat et des fêtes. C'est la prière qui conclut chaque office. Mais elle est le plus souvent associée avec les personnes en deuil. C'est une prière affirmant la sainteté et la grandeur de Dieu, des mots qui disent implicitement :"Ma vie est changée par la perte de quelqu'un de proche de moi, cependant, j'affirme toujours ma foi dans un Dieu juste et aimant". Dans les communautés orthodoxes, il est traditionnel pour les hommes en deuil seulement de réciter le Kaddish. Le Judaïsme libéral encourage les hommes et les femmes à participer de façon égale à tous ses offices. Il n'est pas rare à un enterrement libéral pour toute la communauté de soutenir les endeuillés en se joignant au Kaddish.

Est-ce que les enfants peuvent assister à des obsèques ?

Depuis quelques années, il est devenu plus fréquent pour les parents d'amener leurs enfants très jeunes au cimetière ou au crématorium pour porter le deuil d'un grand parent ou d'un autre membre de la famille. Il n'y a pas d'idée arrêtée sur les enfants assistant aux funérailles. Pour les parents qui ne sont pas sûrs de savoir si leurs enfants devraient assister ou non aux funérailles, la meilleure approche pourrait être de le demander aux enfants. Un enfant qui veut y assister, le dira et un enfant qui ne le veut pas le dira de la même façon. Il est toujours conseillé de faire savoir au rabbin les âges des enfants qui vont être présents et pour les membres de la famille d'être conscients du bien-fondé d'amener des enfants très jeunes qui pourraient ne pas comprendre qu'ils sont là dans un cimetière ou un crématorium. Un office funéraire ne doit pas être une expérience traumatisante, bien que ce soit bien sûr triste. Prenez le temps d'expliquer  aux enfants ce qu va se passer et accepter leur tristesse et leurs larmes. Si vous êtes un parent ou celui qui s'occupe d'un jeune enfant à un office, par égard pour les personnes en deuil, faites sortir l'enfant s'il pleure ou s'il fait trop de bruit.

Après les funérailles

Après les funérailles, le souci dans la tradition juive change du kiboud ha-met (respect pour le défunt) aux besoins des personnes en deuil (avelim). C'est une tradition réconfortante d'allumer une bougie du souvenir dès son retour à la maison après les obsèques. La bougie peut être achetée dans les boutiques juives spécialisées dans la synagogue ou ailleurs. Il est aussi traditionnel pour les personnes qui portent le deuil de partager "un repas spécial pour ceux qui portent le deuil". En hébreu, il est appelé seoudat havra'ah, littéralement "le repas de rétablissement" et il est proposé aux amis ou aux membres de la communauté. La coutume est d'inclure de la nourriture ronde telle qu'un œuf dur pour symboliser le fait que l'âme est éternelle.

Shiva (période de sept jours de deuil)

La période de sept jours de deuil, connue comme Shiva, commence le jour des obsèques et se termine le matin du septième jour. Bien qu'il y ait une certaine discordance dans la pratique du judaïsme libéral par rapport du processus traditionnel du deuil, ce processus et ceux qui suivent, reflètent le voyage psychologique qu'une personne en deuil fait durant le deuil. L'intensité de la période de deuil initiale avant les funérailles (aninout) va vers une étape différente du deuil (avelout) qui reconnaît le chagrin et la perte expérimentés par l'endeuillé.

La période de la Shiva autorise la personne en deuil de rester à la maison pour être entourée par des amis, par la famille et la communauté, d'être soutenue pendant un temps de désorientation et de chagrin. Les prières sont dites à la maison et les membres de la communauté sont encouragés à y assister. Certaines personnes en deuil  s'assoient sur des chaises basses ou des tabourets en signe de "faiblesse" de leurs esprits et s'abstiennent de se laver, de se raser, de se couper les cheveux ou de porter du cuir, c'est-à-dire des actes habituels de la vie quotidienne, comme une façon d'exprimer la réalité que la routine des personnes qui portent le deuil a été interrompue  par le décès de la personne aimée. Des chaises sont empruntées à la synagogue si besoin.

 Le Judaïsme libéral encourage certainement cette pratique de Shiva mais laisse cette décision et le nombre de jours à la personne en deuil. Beaucoup de juifs libéraux choisissent d'observer entre une et trois nuits de prière. Il est important d'ajouter que le Judaïsme libéral ne met aucune pression sur une famille pour entreprendre une quelconque mitsvah avec laquelle ils pourraient ne pas se sentir à l'aise. Le but de Shiva est d'accorder à la personne en deuil  du temps pour recevoir du soutien, du réconfort et de la consolation, de les aider dans les tâches pratiques telles que les courses et la cuisine et de leur donner du temps pour porter le deuil. Certains foyers couvrent les miroirs et s'abstiennent de regarder la télévision pendant la période de Shiva. Certains pourraient trouver du sens à ne pas regarder leur reflet pendant la période de Shiva. Bien que cela n'ait que peu de fondement dans la loi et vienne davantage de croyances superstitieuses, la décision est laissée à l'individu en accord avec ses propres traditions familiales.

Les prières de Shiva à la maison prennent la forme d'un office du soir quotidien suivi par la lecture de psaumes et de prières spéciales du souvenir. Il est d'usage qu'un hommage soit rendu au défunt par l'officiant ou un membre de la famille. Comme ces prières ont lieu à la maison, l'atmosphère est souvent un peu plus informelle et il devient possible pour les personnes en deuil et les amis de tenir une conversation et de partager leurs souvenirs au sujet du défunt. l'office est lu dans un livre de prières spécial Seder Tefillot b'Veyt Evel  - "Les prières dans une maison en deuil".

Le Judaïsme libéral reconnaît que ces traditions peuvent être difficiles à observer pour celui qui porte le deuil seul, le veuf ou la veuve sans enfants ou autres personnes en deuil présentes. Alors, la communauté s'attend à prendre  la place de la famille en étant consciente de la solitude intense de la personne en deuil et en réussissant à offrir de l'accompagnement et du réconfort.

Sh'loshim (Période de trente jours de deuil)

La prochaine étape de deuil est connue comme Sh'loshim –les "trente" jours, et se réfère à la période de trente jours qui est comptée à partir du jour des obsèques. Elle se trouve pendant le temps qui suit la Shiva où une personne en deuil retourne travailler, recommence les tâches ménagères et rejoint la société. Il y a une reconnaissance durant cette période et en fait pendant les onze mois qui suivent, au moment où les personnes marquent les anniversaires sans les personnes aimées, que la personne en deuil est encore vulnérable et que les émotions restent imprévisibles. La tradition juive interdit à la personne en deuil de participer à aucune festivité ni de se trouver dans un lieu de divertissement. Pour les juifs libéraux, cependant, l'important n'est pas nécessairement le sens de l'obligation sur le compte de la tradition prescrit mais ce que les individus trouveront significatif et utile dans ces circonstances.

Il est souvent approprié de répandre les cendres après une crémation à la fin de la période de trente jours. Un rabbin est toujours disponible pour diriger un court office au moment où les restes terrestres retournent à la terre.  Dans certains cimetières, les cendres sont répandues à côté d'un rosier ou d'une autre plante et une plaque peut être érigée à l'endroit de l'inhumation.

Matzeivah (Consécration de la pierre tombale)

Une pierre tombale est habituellement érigée au cours de la première année après les obsèques. Cependant, si les personnes en deuil souhaitent consacrer une pierre plus tôt, six ou sept mois après les obsèques, cela est également acceptable. Trouver les mots justes pour se souvenir d'une personne aimée est souvent difficile. Consultez votre rabbin pour des suggestions  et découvrez s'il y a certaines règles concernant la forme d'une pierre ou les mots sur une pierre dans le cimetière où une personne de la famille est enterrée. Pour ceux dont les cendres ont été placées dans le cimetière, il est possible d'ériger une petite pierre ou planter un rosier en mémoire de la personne qui est décédée. Votre synagogue ou la entreprise de pompes funèbres vous donnera plus de détails. Il est d'usage que le rabbin dirige un petit office au cimetière avec la lecture de psaumes et de prières et la dédicace et la lecture de la pierre. La consécration de la pierre tombale agit comme un marqueur important, mettant fin à la première année de deuil. Ce n'est pas la fin du  chagrin ou du deuil mais c'est une façon de reconnaître que la vie continue même après le départ de ceux qui sont les plus proches de nous.

Anniversaires

la première année de deuil est souvent la plus dure. Les anniversaires, les fêtes - le premier Pessah ou Yom Kippour sans la présence de quelqu'un qui a toujours joué une partie centrale à ces occasions, réveille la tristesse et le sens de la perte. Le groupe de soutien de la synagogue et les amis doivent être conscients que notre solitude est souvent plus aiguë pendant ces moments. Un appel téléphonique ou une lettre, une invitation à des offices, à un dîner à la synagogue ou à un événement similaire peuvent être les bienvenus.

Qui sont les personnes en deuil ?

La tradition juive désigne sept personnes en deuil : mari, femme, père, enfant, frère ou sœur. La loi juive est le plus concernée par ces endeuillés particuliers et ce qu'ils doivent ou ne doivent pas faire à la suite d'un décès. Cependant, le judaïsme libéral permet un certain degré  de flexibilité dans sa pratique. Il traite les partenaires de même sexe de la même façon que les partenaires mariés hétérosexuels. Il prend note du chagrin et de la tristesse des conjoints, des petits enfants et des partenaires qui n'ont pas contracté mariage ou une union civile et qui peuvent avoir vécu avec le défunt depuis de nombreuses années - Leurs sentiments doivent être considérés avec sensibilité et compréhension.

Pratiques de deuil pour des partenaires non juifs

C'est une réalité de la vie que beaucoup de personnes qui ne sont pas nées juives et qui n'ont pas choisi de se convertir au judaïsme sont devenues membres d'une famille juive.  Bien que nous puissions imaginer que les couples mixtes soient un phénomène du vingtième et vingt et unième siècle, il est probable que les couples mixtes ont toujours existé tout au long de notre histoire. Ce peut être la raison pour laquelle on en est venu à une  affirmation telle que celle qui se trouve dans le code de pratique juive, le Choulchan Arouch (XVIe siècle), "nous pouvons nous occuper des pauvres chez les non juifs, visiter leurs malades, enterrer leurs morts, prononcer leurs éloges funèbres et réconforter leurs endeuillés pour promouvoir la paix" (Choulchan Arouch, Yoreh Death 151 : 12). Des sources juives antérieures à l’œuvre de Joseph Caro, traitent de l'obligation de prendre soin des non juifs spécialement dans des temps de deuil.

Le judaïsme libéral a une vision très claire de la façon d'aider les membres juifs d'une famille à porter le deuil des membres non juifs de la famille et il offrira toujours un soutien à des non juifs dont les membres  de la famille ou des partenaires juifs sont morts.

Dans certains cimetières, il est possible pour un mari ou pour une femme, pour des partenaires de même sexe dans des unions mixtes d'être enterrés ensemble. Demandez à votre rabbin si c'est permis dans le cimetière utilisé par leur communauté. La où un partenaire non juif n'a pas d'affiliation religieuse particulière mais a eu une association avec une communauté juive, peut-être en tant qu' "'ami" de la synagogue, il n'est pas rare de demander que le rabbin officie à un enterrement ou à une crémation. Les membres de la famille devraient être consultés et leurs sentiments pris en considération.

Comment dois-je porter le deuil de mes parents ou de  membres de ma famille  non juifs ?

Ceux qui sont convertis au judaïsme ou des individus nés d'un mariage mixte demandent souvent comment porter le deuil d'un parent qui n'est pas juif. Comme toujours, on devrait essayer de respecter les souhaits du défunt. Il est important pour les gens qui ont fait part leurs dernières volontés dans un testament ou à des proches, de sentir que les rituels et la liturgie respectent leurs propres consciences même après leur décès. Les personnes juives qui portent le deuil devraient assister à d'autres offices religieux là où c'est possible et montrer du respect même si la théologie exprimée dans l'office n'est pas nécessairement celle de leur propre foi.

 

Questions fréquentes

1/      Dois-je déchirer ma garde robe ? La pratique de déchirer une garde robe (k'riah) comme un symbole de deuil remonte à la Bible. Le fait de déchirer ses vêtements symbolise le déchirement physique de la relation qui suit la mort d'un proche. Traditionnellement, une garde robe est déchirée pour les membres de la famille les plus proches de celui qui porte le deuil : les parents, les enfants, les frères et sœurs et les époux. Le judaïsme libéral ne prescrit pas k'riah mais permet à des individus de choisir pour eux-mêmes les rituels qui ont la plus grande signification et la plus grande importance.

2/      Dois-je m'habiller en noir ? Le fait de s'habiller en noir ou une autre couleur sombre symbolise la façon dont nous nous sentons à la suite d'un décès. Les coutumes diffèrent même dans la communauté juive et peuvent être influencées par la culture environnante. Le judaïsme libéral ne prescrit pas ce qui devrait être porté à des obsèques ou ensuite.

3/      Les juifs ont-ils la permission de donner leurs organes à la suite de leur décès ? Le judaïsme libéral considère le don d'organes comme une mitzvah - un acte noble et d'une grande valeur, la mitzvah de sauver une vie humaine  (pikouah nefesh)  est renforcée par cet acte de générosité.

4/      Un suicidé peut-il être enterré en accord avec la tradition juive ? Alors que la motivation du suicide n'était pas beaucoup comprise dans le passé, aujourd'hui nous acceptons que ceux qui attentent à leur vie de façon tragique, souffrent souvent d'angoisse. L'enterrement ou la crémation d'un suicidé devrait être fait pour offrir du réconfort à des familles en deuil et aux partenaires. Ceux qui restent ont un besoin supplémentaire spécial de réconfort et de soutien.

5/      Que se passe-t-il quand une personne aimée meurt juste avant une fête ? Dans les formes traditionnelles du judaïsme, la Shiva (période de sept jours de deuil) est coupée par la fête. Cependant, si ceux qui portent le deuil demandent des prières du soir à la maison à la suite d'une fête ou durant les jours intermédiaires de Pessah ou souccot, les rabbins sont volontaires habituellement pour officier. Les prières n'ont pas lieu au cours même d'une fête.

6/      Comment le judaïsme libéral traite t-il de la mort des très jeunes avec un enfant mort né ? La mort d'un enfant, un enfant mort né  ou une fausse couche peut causer un chagrin immense. Alors que l'office funèbre officiel peut ne pas approprié dans ces situations, le judaïsme libéral reconnaît le besoin pour les parents de porter le deuil. Demandez à votre rabbin ou demandez au hazan  du judaïsme libéral de trouver des liturgies spéciales et des prières et des rituels particuliers qui traitent de la mort des très jeunes. Un soutien spécial est demandé à ce moment et votre rabbin vous aidera à choisir dans les arrangements et rituels.

7/      Comment doit-on accueillir ceux qui portent le deuil ? L'office funéraire se termine par des mots de réconfort pour ceux qui portent le deuil : Ha-makom yenachem  et'chem b'toch sh'ar ha-avelim - "Puisse Dieu te réconforter et réconforter tous ceux qui portent le deuil". Une forme plus traditionnelle de ces mots est : Ha-makom y'nachemet'chem b'toch sh'ar av'lei tziyon virushalayim- Puisse Dieu te réconforter parmi les endeuillés de Sion et de Jérusalem. En Grande Bretagne, l'accueil traditionnel est "Je te souhaite une longue vie". Mais quelquefois, une simple expression telle que "Je te souhaite de la force" ou "je pense à toi" peut signifier beaucoup. Quelquefois, il n'est même pas nécessaire de dire quoi que ce soit. La présence physique d'amis et associés, un baiser ou un simple toucher d'une autre personne, peut être d'un grand réconfort. Apporter de la nourriture pendant les prières est une autre forme d'exprimer le soin, l'amour et le souci qu'on porte aux endeuillés.

Les juifs croient-ils à une autre vie ?

Le judaïsme insiste sur les bénédictions de cette vie ("Choisis la vie") et même à la suite immédiate d'une mort, affirme la majesté et la souveraineté de Dieu dans le Kaddish. La tradition juive se concentre constamment sur la vie après une mort et l'aide pour soutenir les personnes en deuil.  La bible hébraïque mentionne rarement "le monde à venir" et se réfère aux défunts comme à ceux qui "dorment avec leurs ancêtres" ou sont descendus vers Sheol - une sorte de monde souterrain sombre.

Néanmoins, beaucoup de rabbins et ceux  qui ont écrit notre liturgie ont affirmé une croyance dans une autre vie dans des déclarations telles que : "Ce monde est un corridor vers le monde de l'au delà : nous nous préparons dans le corridor à entrer dans le monde à venir". Comment concevoir l'autre vie, c'est une grande inconnue. Si nous y sommes réticents, c'est souvent parce que nous trouvons difficile de concevoir une totale négation de notre propre existence ou la totale absence de la personne aimée.

Quoique nous croyions à propos de l'autre vie - et les croyances peuvent varier d'une personne à l'autre - une chose est sûre : les  souvenirs et l'amour de la personne décédée que nous chérissons, dureront et c'est la raison pour laquelle nous prions pour que les souvenirs de ceux qui sont morts nous habitent comme une bénédiction et continuent à nous influencer en bien.

Conclusion

Pour un certain nombre de juifs, les rituels traditionnels associés du deuil, sont un grand réconfort et un soutien. Il y a souvent une familiarité quand on arrive à prendre en compte les traditions pratiquées par les parents et les grands parents de quelqu'un et celles-ci apportent souvent de la consolation et du réconfort. Pour les juifs libéraux, la tradition a sa place et son importance mais son observance et les rituels ne sont pas nécessairement obligatoires. Nous acceptons de tels rituels  parce qu'ils ont une signification et un but pour nous, parce qu'ils sont un réconfort et un soutien et finalement parce qu'ils nous aident à gérer notre perte. Ce qui a une immense importance dans ces moments de nos vies est le soutien d'une communauté juive qui est capable de prendre en charge le rôle d'aider les individus de façon pratique aussi bien que émotionnellement et spirituellement. Plusieurs synagogues offrent aux visiteurs en deuil un autre soutien en aidant doucement les individus à s'adapter à des changements majeurs dans leurs vies.

 

 source:http://liberaljudaism.org/images/pdf/leaflets/death%20and%20mourning.pdf