Le mariage juif

Le mariage a toujours été hautement valorisé dans la tradition juive. Se marier était considéré comme une obligation et le célibat, pratiqué par des sectes minoritaires telles que les Esséniens, n'a jamais été favorisé par le courant principal du judaïsme. Les prêtres de l'ancien temps étaient habituellement mariés comme les rabbins qui leur ont succédé dans leur ministère auprès du peuple.

Pour le judaïsme, le mariage sert trois buts étroitement liés. D'abord, la propagation de l'espèce humaine, ainsi qu'elle est ordonnée dans la Genèse 1.28. "Soyez fertiles et multipliez-vous". Selon la loi talmudique, cette obligation est considérée comme avoir été remplie quand un homme a engendré au moins un fils et une fille comme Dieu a créé un homme et une femme dans le jardin d'Eden.

Deuxièmement, le mariage permet l'amour des partenaires. De nouveau, dans les termes du livre de la Genèse, "Il n'est pas bon qu'un homme soit seul. C'est pourquoi un homme devra quitter son père et sa mère et se fondre avec sa femme et ils deviendront une seule chair" (Genèse 2-18 et 24). Idéalement, le mariage est une relation qui dure toute la vie, fait de fidélité, de respect et d'attention mutuels. Certainement, dans les sources traditionnelles qui reflètent la société ancienne et patriarcale, le mariage est vu en premier lieu dans une perspective masculine mais il est notable qu'une grande insistance est mise sur les droits, économiques, sociaux et sexuels de la femme. Un enseignement rabbinique typique loue l'homme "qui aime sa femme comme lui-même et l'honore plus même que lui même" (Yebamot 62b).

Troisièmement, le mariage établit la famille comme une unité sociale de base et le foyer comme le (miqdach me’at) "petit sanctuaire"  (Ezekiel 11 : 16) dans lequel le père correspond à un cohen, la mère à une cohenet et la table à un autel. C'est là où les enfants peuvent grandir sous la protection et l'accompagnement de leurs parents dans l'amour et le lieu où la religion juive peut être pratiquée et transmise de génération en génération.

C'est généralement la philosophie du mariage juif. Nous pourrions aussi noter que l’idée  d’un amour romantique  - un concept européen médiéval – n’a joué que peu de rôle dans les mariages juifs ou autres qui étaient arrangés autrefois par les parents. De nos jours, dans presque toutes les communautés juives, les jeunes gens choisissent leurs conjoints. La loi juive ne permet à quiconque d'être marié contre sa volonté. Même ainsi, dans certains cas, leur choix fait l'objet d'un certain nombre de restrictions.

Il pourrait sembler superflu de commencer par mentionner que le mariage juif est monogame mais cela n'a pas été toujours le cas. La polygamie masculine (mais non féminine) était permise aux temps bibliques et talmudiques bien qu'elle fût de plus en plus rarement pratiquée. C'est seulement à la fin du douzième siècle qu'elle fut formellement interdite parmi les juifs Ashkénazes bien qu'elle soit encore théoriquement autorisée, là où la loi du pays le permet, parmi les juifs Sépharades.

Une restriction plus pertinente est que un mariage juif est seulement possible là où les deux parties sont juives. L'opposition juive aux mariages mixtes a pour origine la crainte que les influences païennes ne dévoient la vie religieuse de la nation. Elle vient aujourd'hui de l'inquiétude par rapport aux conséquences démographiques pour la survie du peuple juif si les mariages mixtes devaient à un niveau élevé - entre 25 et 50 pour cent - chiffre qu'il a atteint en Amérique et dans certains pays européens, y compris la Grande Bretagne. Si ça ressemble à un argument contre le mariage en dehors de la communauté juive, un argument plus positif que les études statistiques semblent confirmer, est que les chances d'un couple de cimenter un mariage stable sont renforcées par un socle de visions partagées, d'aspirations et de valeurs religieuses.

Quand l'un des partenaires n'est pas juif, lui ou elle peut, bien sûr se convertir au judaïsme et ensuite se marier avec une cérémonie religieuse. Il faut noter que les conversions réalisées dans les synagogues progressives ne sont pas reconnues par les autorités traditionnalistes.

Une troisième restriction est constituée par les unions interdites basées sur des liens de consanguinité tels qu’élaborés dans la Bible (principalement Lévitique 18) et développées plus tard dans la loi rabbinique. Ces unions interdites sont en général en accord avec celles prohibées par la législation civile de la plupart des pays mais deux particularités doivent être mentionnées. La première concerne un mari qui disparaît sans laisser de trace, par exemple en mer ou pendant une guerre. Alors que les autorités civiles peuvent déclarer que la veuve putative est libre de se remarier, la loi juive traditionnelle ne lui permettrait  de le faire sans ce qu'elle considère comme une preuve indubitable de sa mort.

D'autres complications peuvent surgir dans les cas de divorce. La tradition juive prône le mariage mais reconnaît qu'une rupture de la relation peut se produire, pour une grande variété de raisons et permet ainsi le divorce. Dans le judaïsme orthodoxe, la procédure religieuse pour le divorce, basée sur le Deutéronome 24 1-4, peut seulement être initiée par le mari et après l'acceptation d'une dissolution civile du mariage. Si, pour quelque raison que ce soit, un couple juif qui a obtenu un divorce civil, était incapable ou ne voulait pas procéder à un divorce religieux appelé en hébreu un get, alors, selon la loi traditionnelle, la femme serait encore attachée à son ancien mari et si elle devait se remarier dans de telles circonstances, son second mariage serait techniquement adultère parce qu'il serait en contradiction avec les unions interdites. C'est pourquoi tous les enfants issus de cette union sont considérés comme des mamzerim - , ou « enfants illégitimes », car ils sont le fruit d'une union prohibée et n’ont pas, à leur tour, le droit de se marier avec un autre juif en dehors  d’un mamzer. Le judaïsme libéral ne tient pas compte de la loi et des incapacités du mamzer, statut considéré comme injuste sur le plan de  l’éthique. Nous permettons à un homme ou à une femme de se remarier à la synagogue. sans divorce religieux préalable[1]. Cependant pour leur propre sauvegarde, nous leur recommandons d'obtenir le get et nous les mettons en rapport avec les autorités orthodoxes concernées.

De façon similaire, le judaïsme traditionnel ne permet pas le mariage religieux d'une divorcée à un Cohen - c'est-à-dire à quelqu'un qui porte le nom de l'ancienne caste de prêtres. Le judaïsme libéral ne reconnaît plus la prêtrise héréditaire et permet qu'un tel mariage soit célébré dans une synagogue.

On peut voir que le judaïsme libéral adopte généralement une attitude plus éclairée pour la question du mariage et du divorce religieux[2].

Comme cela paraît évident, d'après les obligations et les attentes qui entourent le mariage, le judaïsme considère celui-ci comme une entreprise sérieuse, à ne pas prendre à la légère. Le mariage juif idéal pourrait être décrit comme un triangle avec deux êtres humains à sa base et leur Créateur au sommet. Dans un mariage juif, les partenaires sont complémentaires et s'accomplissent eux-mêmes, leur union étant bénie et sanctifiée par Dieu. Dans un engagement solennel, demandant de la patience, du tact et de l'amour, parfois responsable, comme toutes les relations humaines de la colère, la déception et la souffrance. Mais, dans le meilleur des cas, il offre le potentiel d'un bonheur en accord avec les bénédictions de la cérémonie du mariage, bonheur que Adam et Eve ont expérimenté dans le Jardin d'Eden.

Pour de plus amples informations, voir aussi "Guide to Jewish Marriage (Guide du mariage juif) du Rabbin John D. Rayner publié par le Judaïsme Libéral.

lien: http://www.liberaljudaism.org/images/pdf/leaflets/lj_in_practice_jewish_marriage.pdf


[1] C’est du moins la position du mouvement libéral anglais (Liberal Judaism). En France, un guet sera nécessaire.

[2] En cas de doute, veuillez consulter votre rabbin.