Judaïsme libéral au sujet du statut juif et de la descente en ligne directe par l’un de deux parents (patrilinéarité et matrilinéarité)

Par le rabbin Alexandra Wright, co-présidente de la Conférence du judaïsme rabbinique

Le judaïsme libéral reconnaît une descendance en ligne directe par l’un des deux parents à savoir que les individus nés d’un père juif et d’une mère non juive devraient être traités exactement de la même façon que les individus nés d’une mère juive et d’un père non juif.

Les affirmations du judaïsme libéral indiquent que les enfants issus d’unions mixtes entre une personne juive et une personne non juive doivent être traités de la même façon et considérés comme juifs s’ils ont été éduqués dans le judaïsme.

C’est approximativement depuis 1955 que le judaïsme libéral accepte les enfants soit d’une mère juive soit d’un père juif à condition qu’ils aient reçu une éducation juive dans le contexte d’une synagogue. Le mouvement réformé américain évoquait la patrilinéarité dès 1929.

La présomption d’identité juive pour un enfant dont l’un des parents est juif – que ce soit le père ou la mère –est confirmée lorsque l’enfant atteint l’âge de la Bar-mitsvah ou la Bat Mitsvah.

Il n’y a pas de certificat, pas de conversion, pas de Bet Din ni de détermination rabbinique du statut de l’enfant mais une reconnaissance tranquille que le jeune adolescent est membre à part entière de la communauté juive, qu’il n’a jamais été autre que juif et qu’un seul parent – avec l’éducation (et non la religion de l’autre parent) – a déterminé son statut juif.

En temps utile, si l’enfant souhaite épouser quelqu’un qui est juif, le couple pourra célébrer le mariage sous une Houppa avec une Ketouba dans une synagogue libérale.

Les couples et les familles avec des éléments mixtes sont les bienvenus et inclus dans la vie des congrégations du judaïsme libéral et la possibilité  existe pour des couples mixtes d’officialiser leurs unions avec un acte de prière dirigé par un rabbin et, là où c’est possible d’être enterrés ensemble dans nos cimetières.

Le besoin d’être inclusifs dans notre attitude par rapport à l’identité juive, de recevoir des conversions sincères et de ne pas rendre le processus de conversion plus difficile qu’il ne doit être, est central par rapport aux valeurs de compassion et de justice du judaïsme.

Les synagogues libérales sont des lieux  où les familles mixtes peuvent se sentir à l’aise et bienvenues et où les enfants ne sont jamais exclus pour avoir voulu explorer et approfondir leur identité juive. Ce qui est très important également, c’est que leurs parents – juifs et non juifs puissent participer aux cérémonies du cycle de la vie, explorer le judaïsme dans des classes et par des conversations privées avec leur rabbin, se convertir s’ils le souhaitent et aider à aider à élever un enfant juif.

Voici des témoignages exprimés par les enfants d’un couple mixte. Sans le soutien des deux parents, ils auraient été perdus pour le peuple juif. Les noms ont été changés pour préserver leur anonymat.

Saul a 12 ans et a suivi les cours de religion à la synagogue libérale depuis presque 8 ans, depuis l’âge de 4 ans. Son père, Marc, est juif, sa mère, catholique non pratiquante mais elle le soutient dans sa démarche et lui permet d’assister aux classes de la synagogue pour approfondir son identité juive.

Assis dans mon bureau il y a quelques semaines, Saul est nerveux mais désireux de devenir Bar Mitsvah l’année prochaine. Son père et sa mère sont tous les deux présents et nous parlons de la signification de la Bar Mitsvah et de la partie de la Torah qui la concerne (parasha), extraite du lévitique. Il est capable d’acquérir des connaissances, sensible et il ressent son identité juive profondément et avec fierté.

Les parents de Saul se sont séparés après sa naissance. Il n’est pas possible que la mère se convertisse mais elle est intéressée et souhaite aider son fils à célébrer sa Bar Mitsvah.

Aux yeux des membres plus traditionnels de la communauté juive anglaise, Saul n’est pas considéré comme juif parce que sa mère n’est pas juive même s’il a eu une éducation juive et qu’il célèbre Chabbat et les fêtes avec son père et sa belle-mère qui est juive. Il ne s’est jamais considéré lui-même autrement que comme juif.

Aux yeux du judaïsme libéral, Saul est présumé juif.

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Benjamin, âgé de 30 ans, a grandi en dehors de Londres avec un père juif et une mère non juive. Leur foyer était laïc avec peu de connaissances sur la pratique et les rites juifs. Il n’a pas été éduqué formellement en tant que juif et n’a pas suivi les cours de religion, ni n’a fait sa Bar Mitzvah.

Mais il rendait visite à ses grands-parents régulièrement et se souvient avoir été occasionnellement à la synagogue avec son père à la synagogue à Yom Kippour lorsqu’il était petit.

Benjamin allait à l’école dans un lieu où il y avait peu de juifs. Même s’il sentait qu’il ne pouvait s’identifier comme juif, ses camarades voyaient les choses autrement. Il était constamment importuné dans la cour de l’école par des railleries antisémites.

Par une de ces curieuses coïncidences de la vie, Benjamin avait rencontré et était tombé amoureux d’une femme juive. Ils sont assis dans mon bureau pour parler de la possibilité d’une bénédiction religieuse mixte – une cérémonie dirigée par un rabbin à la suite d’une cérémonie de mariage civil.

Il n’y a pas de Houppa, pas de cheva bera’hot (sept bénédictions du mariage) mais le couple est capable d’imaginer un office lui-même et de créer une cérémonie qui a du sens pour tous les deux – une pratique dans le judaïsme libéral qui remonte à 2003 quand les cérémonies publiques ont été approuvées par la Liberal Rabbis’ Rabbinic Conference (la conférence rabbinique des rabbins libéraux).

Au cours de la discussion, je questionne Benjamin sur son passé et les racines de son identité juive comme enfant d’un père juif. « Je n’ai pas été élevé dans un foyer juif », dit-il. « Pendant mon enfance, j’ai passé beaucoup de temps avec ma famille et je suis conscient de mon héritage juif. J’ai été circoncis mais mon père ne pouvait pas vraiment m’expliquer pourquoi j’ai eu une Brit Mila ».

Je lui demande ce qu’il ressent à propos de la conversion ou de l’affirmation du statut juif, le premier nécessitant un programme d’études comportant des études juives et de l’Hébreu. Il décide d’y réfléchir.

Dans le cas de Benjamin, il choisit de se convertir. Il veut créer une famille juive en éduquant ses enfants comme juifs d’une façon qu’il n’a pas vécue dans son enfance ou son adolescence.

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Dans le cas d’un autre jeune homme, fils d’un père juif et d’une mère chrétienne et qui s’est toujours vu comme un juif, allant régulièrement à la synagogue pour les fêtes, ne manquant jamais un seder à la maison, allumant les bougies de Hanoucca et avec un très fort sens de l’identité juive qui lui est venu par son père, le chemin est une affirmation du statut juif.

Bien qu’il n’ait jamais suivi les cours de religion, jamais célébré une cérémonie de Bar Mitsva et n’ait jamais pris part à une cérémonie de Kabbalat Torah à 15 ans, il n’y a aucun doute qu’il se sent complètement juif et que le rôle de la synagogue et du bet Din libéral est de valider et d’honorer ce fort sentiment d’identité juive. C’est son héritage et personne ne peut le lui enlever.